Le métier de meunier fut un moyen de promotion sociale, comme l’écrit Claude Rivals dans son ouvrage « Le temps des moulins » : « Il est un type d’intermédiaire social et culturel paradoxal ; ni noble, ni clerc, il est roturier par son travail, mais sa connaissance de la nature, ses prévisions météorologiques, sa maîtrise de la technique, en font un personnage hors du commun, tantôt admiré, tantôt craint ; ce rationaliste soucieux d’instruction ne serait-il pas un peu magicien ou sorcier ? Il fait bien partie du peuple, mais instruit, il aspire au progrès et à l’ascension sociale de sa ville.

C’est vrai, lorsque on continue de compulser les documents de la vie des meuniers de Chouzé… »

Instruits, ils devaient l’être : tous signaient et certains fort bien, témoins les carnets journaliers que nous avons lus, tenus pour mentionner la marche de leurs affaires. D’après les archives consultées, concernant les meuniers du Val de Loire, on sait qu’ils se mariaient en moyenne, après leur majorité, à plus de 27 ans ; les plus jeunes ont 22 ans; les plus vieux 40 ans ! Leurs épouses plus jeunes : 23 ans en moyenne, parfois même très jeunes, 17-18 ans. Le premier enfant arrive tout de suite et les grossesses se succèdent parfois jusqu’à 40 ans. Un bon tiers des enfant n’atteint pas l’adolescence, la mortalité infantile est assez importante ! (archives de Chouzé-sur-Loire).

La longévité du monde paysan par rapport au métier des meuniers fait ressortir que ces derniers vivent plus longtemps. Pour la même période à considérer (17ème au 18ème siècle) elle est de 31 ans pour les hommes et 37 ans pour les femmes. Elle passe à 58 ans pour les seuls meuniers et 44 ans pour les femmes. Le métier de meunier conserve mieux que les durs travaux des champs. Par contre les femmes s’épuisent plus vite que leur mari ; elles ont cinq enfants en moyenne, parfois dix, les soins de la maisonnée, de la volaille, du potager, certains moulins ont la ferme attenante en plus, avec la particularité pour celles qui survivent à leur homme, de faire aussi tourner le moulin…

Mathilde Tortue-Belloire en 1911, en son moulin du Champ des Îles à Varennes-sur-Loire, continua seule pendant quatre années l’exploitation de son moulin, ainsi que Françoise Martinet en 1936, en son moulin de La Fourchette à Doué la Fontaine, non loin de là !

Les meuniers furent-ils des gens heureux et riches ? D’après les témoignages écrits d’anciens meuniers de la fin du 19ème siècle, et de ceux du 20ème siècle que nous avons rencontrés, malgré la dureté de ce métier, tous regrettent la vie d’autrefois ! Nostalgie du passé, mal être de la vie d’aujourd’hui ?

En ce qui concerne la richesse, il semble d’après les archives communales du 19ème au 20ème siècle, que la moyenne générale ressemble à celles d’autres régions : les biens les plus précieux pour la plupart des meuniers environnants sont les animaux : ils représentent 31 % de la « fortune » vers 1870 ! 25 % des biens sont répartis dans le moulin et les outils ; seulement 2 % dans la garde-robe ! On est loin des friches meunières habillées de dentelles des contes d’Alphonse Daudet…).

L’argent, 15 % passe en achats de graines et impôts divers ! Le reste, 27 % dans la literie, comprenant de nombreuses couettes (il devait faire froid l’hiver au moulin!).

Pour l’inventaire des moulins des Pelouses à Chouzé-sur-Loire, vers 1895, les actes précisent que leurs biens sont immobiliers, répartis en terrains, maisons et l’acquisition d’un autre moulin (à eau) à Bourgueil, le moulin de l’Aumône sur la rivière Changeon. Cette énumération donner une idée toute relative de la fortune supposée des meuniers des petits moulins, à la fin du 19me, début du 20èm siècle, en notre région.

Rien à voir avec les grandes minoteries qui les remplacèrent petit à petit. Le meunier de nos pays de Loire, et en particulier ceux des moulins des Pelouses, n’étaient sans doute pas des plus riches, mais pas des plus malheureux, à cette époque où s’annonçaient des bouleversements économiques, qui allaient changer, bientôt, le monde rural de la meunerie, et accélérer la disparition de cette activité à Chouzé-sur-Loire.

Gabriel-Henri Penet

Sources :

– Archives Municipales et Départementales d’Indre et Loir et de Maine et Loire

– Documents communiqués de la famille Vallée-Plumet de Bourgueil

– Témoignages recueillis d’anciens meuniers, en Indre-et-Loire

– Extraits de l’ouvrage « Histoire des moulins de Chouzé-sur-Loire, de Gabriel-Henri Penet.

 

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